Le DRH de la semaine : Asmâa Tazi de SGTM

La Société générale des travaux du Maroc est un groupe 100% marocain qui réalise tout type d’ouvrage de génie civil : ouvrage d’art, ouvrage hydraulique, infrastructure routière, port, aéroport.

Plus connue sous le nom de SGTM, la société tient sa notoriété du fait qu’elle ait contribué à des grands emblèmes architecturaux du pays: Twin Center, aéroport Mohammed V, Technopark, les plus grands barrages du pays… Ce qui fait la fierté du groupe, fondé en 1971 par les frères Ahmed et M’hammed Kabbaj respectivement ingénieur des Ponts et Chaussées et ingénieur ESTP.

Le groupe a atteint 50 chantiers par an et emploie aujourd’hui près de 10.000 personnes avec un taux d’encadrement de près de 10%. L’emploi en nombre a doublé entre 2006 et 2008 suite aux lancements de grands projets. Ainsi, une réorganisation s’imposait en 2008 pour consolider ses acquis avec une même devise: maintenir une proximité avec les équipes et surtout garder l’image d’une entreprise à visage humain.

L’ECONOMISTE : COMMENT S’EST TRADUITE LA RÉORGANISATION AMORCÉE EN 2008?

ASMÂA TAZI :

Cette réorganisation s’inscrit dans le cadre d’un projet plus large, Cap RH décliné en 2007 pour une durée de 5 ans.
Il définit la stratégie RH qui consiste à concevoir et mettre en œuvre une réorganisation visant à réduire les écarts entre les ressources internes et les besoins en emplois et compétences pour accompagner le développement de la SGTM. Nous avons structuré les directions pour mieux servir nos chantiers.
L’entreprise est organisée autour de 6 directions supports: DG, Direction Opérations & Qualité, Direction Achats & Approvisionnement, Direction Financière & Contrôle de Gestion, Direction Matériel & Logistique, et Direction RH & Organisation. C’est cette dernière qui réalise notamment le dimensionnement des équipes quand un chantier est adjugé: encadrement et main-d’œuvre spécialisée par type de chantier. C’est ainsi que nous capitalisons sur l’expertise acquise et cumulée durant 40 ans de réalisation. Aujourd’hui, nous avons atteint une expertise avérée sur certains domaines comme la construction de barrages.

VOTRE EXPERTISE EN LA MATIÈRE S’EXPORTE AUJOURD’HUI…

– Effectivement. Nous sommes à notre 20e barrage, ce qui est important quand on sait que la durée moyenne pour réaliser un barrage est de 30 mois. Cela veut dire qu’une expertise a été accumulée par les cadres SGTM, ce qui leur permet de rivaliser avec les meilleurs ingénieurs dans le monde.
En janvier dernier, nous avons démarré le barrage Samendini au Burkina Faso pour 48 mois de travail. Nous sommes en phase très avancée de pré-sélection pour la construction d’un barrage au Pakistan.

DEVANT LA PROFUSION DES CHANTIERS, FAITES-VOUS APPEL À DES INTÉRIMAIRES ?

– Nous avons mis en place une gestion optimale du personnel.
Un planning prévisionnel de la main-d’œuvre est réalisé pour avoir une meilleure visibilité quant à l’évolution des effectifs par projet. Nous adaptons alors ces effectifs en fonction des impératifs de production. Ces derniers sont ventilés par région et nous recrutons aussi en moyenne 20 % des riverains du chantier.
C’est une manière de contribuer à la promotion de l’expertise locale et à l’évolution sociétale et sociale de la région. En effet, le chantier permet de désenclaver ces sites via la construction de routes, mais aussi à l’amélioration des conditions de vie par la construction de mosquées et d’écoles.

COMMENT FAIRE PROFITER VOS CADRES DE L’EXPERTISE ACCUMULÉE?

– Pour le transfert de savoir-faire, nous privilégions trois canaux. D’abord la mixité des équipes : en plus des Marocains, nous travaillons avec des Français, des Canadiens, des Egyptiens,… Ce sont des bureaux d’études auxquels nous faisons appel, sur des projets particuliers, pour renforcer l’expertise du bureau d’étude interne de la SGTM. Deuxième canal, celui de la participation de nos ingénieurs aux forums et séminaires techniques pour faire de la veille technique et technologique. Enfin, le parrainage par les anciens. Nous avons institué un système de tutorat où les seniors accompagnent les nouveaux venus dans leur projet professionnel.

LA FORMATION EST DONC UN ÉLÉMENT ESSENTIEL…

– La première richesse que nous avons toujours voulu préserver, c’est le capital humain. Ce qui fait notre force est l’esprit d’appartenance à l’entreprise et de fidélisation de nos cadres. Nous privilégions la formation et la promotion interne. En fait, nous répondons à 40% de nos besoins par le recrutement externe, le reste est de la promotion interne. Chaque année, nous recrutons une trentaine d’ingénieurs que nous plaçons sur les chantiers pour les accompagner et les former. 80% des ingénieurs que nous recrutons proviennent de l’EMI et l’EHTP.

QUELLES SONT LES QUALITÉS POUR POSTULER CHEZ SGTM ?

– Au-delà de l’aptitude, nous accordons beaucoup d’importance à l’attitude. Les élèves ingénieurs ont tous la même formation en génie civil. Ce qui fait la différence entre un ingénieur et un autre, c’est sa motivation, sa personnalité et sa capacité à travailler en équipe. Certains s’intègrent plus rapidement et mûrissent plus rapidement dans les différents métiers ; Réalisation de travaux, études et méthodes, ou Q.S.E. Le diplôme permet une 1ère sélection, mais tout dépend ensuite de la personnalité et de l’attitude du candidat. Les compétences techniques et les valeurs morales sont en tandem. En bref, pour postuler à la SGTM, il faudra être le meilleur de sa discipline pour faire partie de l’élite nationale du Génie Civil. Ingénieur, technicien ou chef chantier, sont triés au peigne fin pour porter le flambeau SGTM. Ce qui manque encore à nos lauréats est la connaissance de la réalité du marché. Ce qui fera la différence, c’est la culture générale, l’ouverture d’esprit, et la maturité de la personne. Ceci dit, les programmes académiques des écoles sont de plus en plus proches des besoins de l’entreprise.

EN QUOI CONSISTE VOTRE POLITIQUE DE MOTIVATION ?

– Tout d’abord, la reconnaissance des équipes et de leur savoir-faire. Certes, nous réalisons les évaluations de performance, mais ce qui fait la différence, ou le plus que nous offrons à une population d’ingénieurs, est de développer des leviers de motivation personnalisés. Malgré 40 ans d’existence et 10.000 salariés, nous sommes une entreprise à visage humain. Le plus difficile à garder est le contact avec les personnes, la proximité avec le management. C’est cette intelligence émotionnelle qui fait la différence à la SGTM, intelligence qui passe par l’adaptation des modes de rétributions, de motivations et de fédération autour du projet d’entreprise. Aussi, nous éditons un journal interne « Le SGTM’ien » pour développer l’esprit d’appartenance, nous communiquons sur les activités RH et activités sociales. Et chaque mois, un directeur travaux est mis à l’honneur. Et l’aventure SGTM continue!

PARCOURS

Asmâa Tazi est directrice Ressources Humaines et Organisation du groupe SGTM. Elle est titulaire d’un D.E.S.S en management d’Entreprise. Avant de rejoindre SGTM, elle a occupé plusieurs postes de responsabilité notamment dans le groupe ONA et la CGEM où elle a démarré sa carrière en 1997. Véritable manager et femme de terrain, elle n’hésite pas à aller à la rencontre des équipes pour maintenir le contact. Elle a participé à de grands projets de changement organisationnel d’entreprise, sujet de son doctorat national.

J K
[Source : L’Economiste]